Je vais vous avouer quelque chose : au début, pendant le Covid, la thérapie en visio, je ne voulais pas en entendre parler. Je n’y croyais pas. Pourquoi ? Parce que je ne l’avais jamais pratiqué. Depuis, j’ai totalement changé d’avis et j’y trouve des bénéfices et des inconvénients.

Et puis vous me posez souvent cette question : “Est-ce que ça marche vraiment, la thérapie par écran ?” Question légitime. La téléconsultation s’est imposée dans nos vies pendant le Covid, et beaucoup de patients ont continué après, par confort, par contrainte géographique, ou parce que ça fonctionnait mieux qu’ils ne l’auraient cru. Et ça marche aussi pour les psys, je sais de quoi je parle !

Alors voici ce que la recherche dit vraiment sur le sujet. 

Ce que les études montrent : une efficacité globalement comparable

La bonne nouvelle d’abord : la thérapie en visio fonctionne. Ce n’est pas une version dégradée du présentiel, c’est autre chose.

Une méta-analyse publiée dans le Journal of Anxiety Disorders portant sur plusieurs milliers de patients a conclu que les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) délivrées en visioconférence produisaient des résultats équivalents à ceux obtenus en cabinet, sur des troubles comme l’anxiété, la dépression ou le stress post-traumatique. Des études similaires convergent vers la même conclusion pour les thérapies de soutien et les suivis à long terme.

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a reconnu la téléconsultation psychologique comme une modalité valide, ce qui a posé les bases du remboursement via des dispositifs comme Mon Soutien Psy.

Côté satisfaction, les chiffres sont parlants : dans plusieurs enquêtes post-Covid menées auprès de patients suivis en santé mentale, plus de 70 % d’entre eux déclaraient être aussi satisfaits voire plus satisfaits de leurs séances à distance qu’en présentiel. Principalement pour des raisons pratiques : moins de déplacements, moins de stress logistique, plus de flexibilité.

Ce que le présentiel offre que la téléconsultation ne remplace pas

Tout ça dit, soyons honnêtes : il y a des choses que la visio ne fait pas aussi bien.

Le corps est présent autrement. En cabinet, je perçois votre posture, votre respiration, la façon dont vous occupez l’espace, les micro-expressions qui passent trop vite pour une caméra d’ordinateur portable. Ces signaux non-verbaux ne sont pas du détail — ils font partie intégrante de ce qui se dit en séance, souvent avant les mots. La visio en capture une partie, mais pas tout.

Le silence est différent. En présentiel, un silence peut être plein, habité, thérapeutique. En visio, il devient rapidement inconfortable, on vérifie si la connexion a coupé, si l’autre est encore là. Ce n’est pas anodin : dans certaines thérapies, c’est justement dans le silence que les choses les plus importantes émergent.

La régulation émotionnelle a besoin du corps de l’autre. Des recherches en neurosciences ont montré que la simple présence physique d’un interlocuteur bienveillant active des mécanismes de co-régulation émotionnelle, le système nerveux se calme partiellement par contagion (neurones miroirs). L’écran transmet beaucoup, mais pas cette dimension-là.

Ce que la téléconsultation offre que le présentiel ne garantit pas

La visio a aussi ses propres atouts, et pas des moindres.

L’accessibilité, d’abord. En France, les déserts médicaux concernent aussi la santé mentale. Des millions de personnes vivent à plus de 45 minutes d’un psychologue. Pour elles, la visio n’est pas un pis-aller, c’est la seule option réaliste.

Le confort de son propre espace. Certains patients s’expriment plus librement depuis chez eux que dans un cabinet. L’environnement familier diminue l’anxiété de performance liée au contexte thérapeutique. On l’observe surtout chez les patients très anxieux ou ceux qui présentent des difficultés à quitter leur domicile.

La continuité du suivi. Maladie, déplacement professionnel, période de vacances, la visio permet de ne pas interrompre un travail thérapeutique en cours. Or les interruptions non préparées peuvent fragiliser une cure, surtout dans des moments charnières.

MAIS attention : consulter en visio présuppose d’avoir un espace à soi, où personne ne va débouler (les enfants, par exemple) et ça n’est pas si simple pour tout le monde… Cela peut supposer de réserver une salle au travail, de prévenir les proches, etc. On repassera pour la discrétion !

Pour qui la visio fonctionne mieux et pour qui elle fonctionne moins bien

Ce n’est pas une question de technologie, c’est une question de profil et d’objectif thérapeutique.

La visio convient particulièrement bien pour les suivis de soutien, la gestion du stress et de l’anxiété, les TCC (dont le protocole est structuré et peu dépendant du non-verbal), et les patients qui ont déjà une alliance thérapeutique établie avec leur praticien.

Elle est moins adaptée pour les traumatismes complexes ou les dissociations sévères, où la présence corporelle du thérapeute joue un rôle de régulation active. Elle l’est aussi moins pour les premières séances, où l’alliance thérapeutique se construit en grande partie sur des éléments que l’écran filtre. 

Ce que je fais en pratique

Cabinet du psychologue clinicien Jean-Benoit Dumonteix. C'est un espace lumineux et relaxant.

Dans mon cabinet, je propose les deux, et souvent les deux en alternance. La première séance se fait de préférence en présentiel, pour poser les bases de la relation, mais une thérapie peut s’incarner en visio de la première à la dernière séance, et c’est très bien aussi. Je dirais donc que le format s’adapte à la situation de vie du patient, à la nature du travail engagé, et à ce qui produit les meilleurs effets pour lui.

Parce qu’au fond, le meilleur format thérapeutique, c’est celui qui permet au travail d’avoir lieu ! 

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